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18/09/2013

FAUT-IL « COUPER » EN FIN DE SAISON ?

posté à 09h30

Voici un article de P. Dréano sur le sujet:

Nous y voilà ! Après plusieurs mois de compétition, la saison arrive à son terme avec son lot de satisfactions et de déceptions. Mais pour autant, la vie ne s’arrête pas et, passé la nécessaire période de repos complet, la perspective de nouveaux objectifs nous fait attendre la reprise de l’entraînement avec impatience. Pourtant ce regain de motivation ne doit pas nous faire perdre de vue tout l’intérêt à cesser momentanément son activité physique.

Ce verbe couper qui sous-entend la notion de rupture est impropre car la pratique sportive ne se résume pas à la simple juxtaposition de saisons. Cette notion de début et fin de saison correspond à un découpage temporel imposé par des formalités administratives (renouvellement de la licence fédérale) ou de fonctionnement des structures d’accueil. S’il peut s’appliquer sans dommage à une pratique où prédomine l’aspect ludique, ce découpage devient inadapté au fur et à mesure que s’élève le niveau d’expertise de l’athlète dont la principale préoccupation devient la performance. Plus qu’une coupure au sens littéral, il convient de parler de période de régénération caractérisée par un désentraînement qui s’inscrira dans une planification d’objectifs à plus ou moins long terme. Ce temps se justifie par l’impérieuse nécessité de restaurer une capacité physique, physiologique et psychique que l’objectif ait été atteint ou non.

Impossible donc d’ignorer cette cessation d’activité bien qu’elle présente une limite dans le temps au-delà duquel elle engendre des modifications organiques importantes préjudiciables à la capacité de performance ultérieure. Pas question d’hiberner !


CONSEQUENCES PHYSIOLOGIQUES DU DESENTRAINEMENT :

Une expérience de plusieurs années a permis de formuler le principe de continuité du processus d’entraînement. Ce qui veut dire que toute interruption importante survenant dans la préparation conduit à une diminution d’intensité de la synthèse des acides et des protéines nucléiques dans les cellules responsables de l’adaptation. Ainsi, même s’il existe une mémoire organique, on peut admettre que le coût structurel de l’adaptation pour un athlète ayant perdu puis récupéré à plusieurs reprises son niveau d’entraînement au fil des ans s’avère plus élevé que pour celui qui a su respecter le principe de continuité. C’est une chose essentielle car la capacité de l’appareil génétique des cellules n’est pas illimitée. L’activation répétée de la biosynthèse, inévitable pour récupérer à chaque fois le niveau précédent, peut conduire à un épuisement localisé des organes qui font partie du système responsable de l’adaptation.

Conséquences sur la fonction musculaire :

Les muscles d’un athlète recèlent plus d’enzymes actifs et de mitochondries aussi leur capacité d’utilisation de l’oxygène est-elle deux à quatre fois plus rapide que celle de muscle inactifs. Le nombre de capillaires irriguant les fibres musculaires s’accroît également. Malheureusement, tous ces gains se révèlent très transitoires et, en seulement cinq à douze jours d’interruption, cette quantité de capillaires diminue de 10 à 20% alors que le cœur perd de son efficacité.

De la même façon, le désentraînement provoque une régression modérée de l’hypertrophie induite par l’entraînement de musculation et une durée de six semaines environ de travail musculaire adapté permet un retour au niveau qui avait été acquis après vingt semaines. Cela peut s’expliquer par l’existence également d’une mémoire à moyen terme du système neuromusculaire qui favorise une pérennité des effets musculaires.

Conséquences sur le métabolisme :

Un désentraînement total a un effet négatif sur l’activité des enzymes clés oxydatifs. Cette régression apparaît dans les deux à trois semaines et signe un retour vers les valeurs basales. De même, les analyses du lactate veineux indiquent un accroissement progressif pour un même effort sous-maximal au fur et à mesure du désentraînement. Ainsi, l’adaptation biochimique à l’endurance peut être pratiquement perdue au bout de quinze jours à un mois d’inactivité totale sans informations précises sur la rapidité de la reprise des adaptations enzymatiques.

On a pu noter également qu’un arrêt de trois semaines réduit de 28% la capacité mitochondriale de synthèse de l’ATP qui sont plus spécifiquement localisées dans les fibres à contraction lente.

Les effets sont visibles sur le métabolisme des lipides. L’inactivité engendre une augmentation de la taille des adipocytes.

D’une façon générale, ce qui a mis des mois à être développé, peut se perdre très rapidement et les sportifs de compétition ne peuvent se permettre d’arrêter toute pratique physique plus de trois semaines. 60 à 70% des acquis physiologiques aérobie sont perdus après huit à dix semaines de repos complet. Six à dix mois sont suffisant pour ramener l’athlète à l’état de sédentaire.

Avec l’âge, on assiste aussi à un abaissement de la valeur de la consommatio maximale d’oxygène qui sera de plus en plus long et difficile à récupérer.


CONSEQUENCES PSYCHOLOGIQUES :

Aucune technique ne permet actuellement de quantifier les ressources psychiques disponibles chez un sujet, ni sa consommation d’énergie psychique : on se sait pas plus mesurer de façon directe la charge mentale ou le coût psychologique de l’effort.

Les répercussions psychologiques d’une charge de travail sont médiées par un certain nombre de processus internes au sujet et non observables qui en modulent l’impact :
• Les dispositions de sa personnalité.
• Le climat émotionnel du sujet.
• Les modalités de sa perception de l’effort et de la difficulté.
• La dynamique affective.

Mais il faut aussi tenir compte des répercussions exercées par des facteurs externes, notamment le contexte relationnel et institutionnel, sur la production de performance et la mobilisation des ressources. Ce constat indique qu’il n’existe pas de relation linéaire entre la quantité et l’intensité de l’entraînement d’une part, les effets psychologiques sur l’athlète d’autre part. Ce dernier, de façon active, gère, transforme, module ses besoins, ses représentations et ses analyses, l’effet des contraintes supportées.

L’activité triathlon et l’évolution de son entraînement sollicitent des personnalités aptes à mettre en œuvre les ressources d’un caractère de type obsessionnel, capable d’endurance psychologique, de méticulosité, de minutie, d’entêtement. Dans ce cadre, la coupure inter-saison agit avant tout comme un fusible afin d’éviter lassitude et saturation. Sans cette phase de transition, l’organisme est contraint tôt ou tard à interrompre, plus ou moins longtemps, ses mécanismes d’adaptation.


COMMENT GERER LE DESENTRAINEMENT ?

On considèrera cette phase de régénération comme une période transitoire entre deux objectifs majeurs plutôt que comme un arrêt d’activité lié à un changement de saison arbitrairement décidé par l’institution. Cette approche prend toute sa signification avec l’élévation du niveau de performance de l’athlète. Concernant le haut niveau en courte distance, rappelons-nous le calendrier de compétition particulièrement exigeant proposé en 2003 et 2004, peu conforme avec une logique de performance, avec sa succession d’objectifs incontournables pour arriver aux Jeux Olympiques :
• De mars à avril 2003 : période de Coupes du Monde qualificatives au Championnat du Monde.
• Décembre 2003 : Championnat du Monde qualificatif aux Jeux Olympiques.
• Mai 2004 : Championnat du Monde qualificatif aux Jeux Olympiques.
• Août 2004 : Jeux Olympiques.

Où placer la fin de saison ? (indirectement les Fédérations Dirigeantes ont leur part de responsabilité dans le dopage par les cadences qu’elles imposent). Cet exemple symptomatique est significatif de l’obligation de considérer l’objectif comme unité centrale de la programmation. Il est ainsi préférable d’organiser la préparation autour de :
• La phase d’entraînement à l’objectif (20 à 25 semaines) entrecoupée de récupération complète courte (4 à 5 jours) suivant les cycles déterminées.
• La période de repos complète de deux à trois semaines.

Cette organisation est préférable à une cessation d’activité de longue durée (deux ou trois mois) parce que la saison est terminée. Elle interviendra après chaque objectif premier qui a nécessité la programmation d’un processus d’adaptation qui transforme l’athlète en augmentant son potentiel d’action.

Pour les raisons évoquées précédemment, ce repos complet sera suivi d’une phase de réactivation physique visant à récupérer un niveau fonctionnel de l’organisme propice à la mise en œuvre d’une étape de développement. Cette activité de cinq à six semaines est consacrée à l’utilisation d’exercices variés, tirés essentiellement de la préparation physique générale (randonnée pédestre, cyclotourisme, sports collectifs, sports de pleine nature, etc…), pour éviter la monotonie et apporter un cadre émotionnel épanouissant et reposant. A ce stade, la comptabilisation des heures de pratique n’est pas un facteur déterminant de contrôle. Il s’agit bien de remettre l’organisme en activité pour le ramener progressivement à un niveau de travail compatible avec la mise en place d’un nouveau développement de la réserve adaptative. Ce contenu d’entraînement ne sera applicable que si l’appareil musculaire, le système central de commande du mouvement, la coordination, les mécanismes énergétiques sont suffisamment préparés..

Hormis cette régénération physique et physiologique, la coupure se justifie pour ses aspects psychologiques. L’erreur est de considérer la période de compétition, souvent organisée autour du calendrier, comme unité. La longueur de ce cycle et la multiplicité des courses définies comme importantes engendrent une fatigue cérébrale qui est une composante indissociable de celle de type musculaire. Elle se manifeste par une anxiété pouvant aller jusqu’au syndrome dépressif, un état de stress. Sur le plan physique, ce type de fatigue est responsable d’une baisse des performances, d’un désintéressement des objectifs, d’une diminution de l’activité ou, au contraire, d’une hyperactivité. La phase de désentraînement occasionnera donc une décharge émotionnelle indispensable.

Ce temps de repos sera mis aussi à profit pour faire le bilan de la saison écoulée. Il se doit d’être objectif et le plus large possible et permettre la détermination les buts à venir et la mise en œuvre des moyens pour les atteindre dans le cadre du projet personnel. Dans ce contexte, l’entraîneur joue un rôle régulateur. Son positionnement établira aussi souvent que possible le lien entre le comportement de l’athlète et la maîtrise manifestée dans le sens d’un renforcement positif notamment en fixant des buts d’accomplissement et non de résultats.


Ainsi, ce que l’on considère comme une phase négative par sa connotation de rupture devient un temps fort, tremplin vers l’avenir. Ce moment particulier, limité dans le temps mais inévitable, de la préparation sous-tend une analyse prospective de la performance dans un contexte psychologique positif. « Couper », c’est savoir se servir du passé pour construire le futur.

 


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